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Les brûlures chez l'enfant
par le Professeur Jean-Louis BERNARD
Hôpital Timone Enfants, Marseille

Faire le geste qui sauve
Au quotidien, à la maison, les « petites » brûlures occasionnent chez de nombreux enfants une agression douloureuse soudaine, brutale. 

Face à l’agitation de l’enfant, l’entourage doit savoir réagir immédiatement par des gestes efficaces qui vont calmer la douleur et limiter les conséquences de l’accident.
Que faire soi-même ? Est-ce grave ? Faut-il appeler le médecin de famille, alerter tout de suite les pompiers ? Et si l’on essayait d’y penser avant pour prévenir l’accident ?

AGIR VITE ET BIEN

Que faire soi-même ?

STOPPER L’AGRESSION

En écartant vivement la flamme ou l’objet brûlant, car le jeune enfant peut ne pas encore avoir acquis les réflexes efficaces d’évitement et de retrait.

Si les vêtements ont pris feu, couchez l’enfant au sol pour l’empêcher de courir ce qui attise la flamme, roulez-le et couvrez-le avec une couverture ou un vêtement, pourvu que celui-ci ne soit pas en fibre synthétique, ou jetez de l’eau froide dessus.

En cas de brûlure électrique, si le corps reste collé à l’objet électrisé (prise, fil, appareil électrique), tenter d’abord de couper l’alimentation électrique ; si cela n’est pas possible, utiliser un objet isolant (bois, plastique) pour rompre le contact et écarter l’enfant.

Lors d’une brûlure des yeux (thermique ou chimique : ammoniaque, chlore…), laver immédiatement à grande eau (ou sérum physiologique) pendant plus de 20 minutes.

RÉDUIRE LA DOULEUR

Toute brûlure entraîne une douleur immédiate, violente. L’inondation de la zone brûlée par de l’eau froide courante, en arrosant par un lent mouvement du centre vers les bords de la zone brûlée entraîne en quelques minutes une diminution de la douleur. Un bain froid peut remplir le même office. L’eau n’a pas besoin d’être stérile, celle du robinet convient.

Essayer d’interrompre le refroidissement toutes les 2 ou 3 minutes : si la douleur réapparaît, continuer à arroser. Dès que la brûlure atteint quelque importance, il est aussi souvent utile de donner sans tarder un médicament contre la douleur à base de PARACETAMOL, dans une forme adaptée à l’enfant. Pour cela, il faut que votre médecin vous ait prescrit auparavant le médicament qui convient à votre enfant et vous ait expliqué précisément quand et comment l’utiliser. Ainsi, vous pourrez, en cas de besoin, l’employer aussitôt.

LES PREMIERS SOINS LOCAUX

Si des vêtements recouvrent la zone brûlée, il est conseillé de les retirer délicatement pendant l’inondation ou le bain, seulement s’ils sont en fibres naturelles (coton, laine, lin). Si les vêtements sont en tissu artificiel (synthétique), il ne faut pas tenter de retirer la couche au contact de la peau, sous peine de l’arracher et d’aggraver les dégâts. Après avoir rincé abondamment, il vaut mieux laisser la blessure à l’air en attendant l’intervention d’un médecin. Respectez les bulles qui ne sont rompues, elles protègent la peau qui est en-dessous. N’étalez aucune pommade ou crème, aucun corps gras sur la zone brûlée, ni coton hydrophile (ni ouate, ni gaze). Si un pansement est nécessaire, on utilise de préférence du TULLE GRAS, recouvert par un pansement protecteur. Ne jamais utiliser d’antiseptique coloré ni d’antibiotique « insitu ». S’il s’agit d’une brûlure superficielle (1er degré), on peut étaler délicatement une pommade apaisante de type BIAFINE.

Est-ce grave ?

La brûlure est une destruction des tissus sous l’effet d’une forte chaleur. Outre la douleur, toujours présente, il peut exister un risque d’infection, de perte importante de sérosités (déshydratation), puis plus tard un risque de mauvaise cicatrisation avec des cicatrices disgracieuses, en relief, ou encore rétractiles, diminuant la souplesse des tissus avec des conséquences gênantes si cela arrive au niveau d’une articulation.

La gravité d’une brûlure dépend :

De la profondeur : selon la température et le temps de contact avec le corps brûlant, la destruction des tissus est plus ou moins profonde. On distingue :

Les brûlures superficielles, dites de 1er degré, qui correspondent au coup de soleil que chacun connaît : la seule modification visible est un aspect rouge, enflammé, de la peau ; la peau est irritée mais intacte, il n’y aura pas de cicatrice.
Chez le petit enfant, une brûlure superficielle étendue peut s’accompagner d’un « coup de chaleur » (soif, fièvre), complication grave qui requiert des soins médicaux d’urgence.

Les brûlure intermédiaires, dites du 2ème degré, se reconnaissent par une modification de la structure de la peau : celle-ci se soulève formant des bulles pleines d’un liquide clair ; ces bulles peuvent se rompre et laissent alors voir une peau rose, abrasée, très douloureuse. Tant que la bulle n’est pas percée, il n’y a pas de risque d’infection, évitez donc de la percer. Néanmoins, si le derme sous la bulle est rose, il s’agit d’un 2ème degré superficiel.
L’existence de zones blanchâtres, moins douloureuses, correspond à un stade plus grave, appelé 2ème degré profond.

Dans les brûlures profondes, de 3ème degré, la peau est carbonisée, blanche ou brunâtre, insensible.

Il est fréquent, dans les brûlures d’une certaine importance, que les niveaux de profondeur soient associées, avec des zones de 1er, 2ème et éventuellement 3ème degré.

De l’extension en surface : elle conditionne le risque de déperdition de liquide (déshydratation), de choc et d’infection généralisée ; l’enfant y est particulièrement fragile.

Elle est toujours appréciée précisément par les médecins et s’exprime en pourcentage de la surface cutanée :

  • Toute la tête 19 %
  • Bras (9 % chacun) 19 %
  • Face avant du tronc (poitrine et ventre) 18 %
  • Face arrière du tronc (dos + fesses) 18 %
  • Jambes (13 % chacune) 26 %
  • Région génitale 1 %
  • Total 100 %

De l’âge de l’enfant : le jeune enfant est plus fragile, à plus haut risque de complication.

De la localisation des brûlures : les brûlures au niveau des plis de flexion (cou, coudes, genoux, doigts, aisselles…) et près des orifices corporels (nez, bouche, yeux) exposent au risque de cicatrice rétractiles, gênant les mouvements. Le risque de séquelles esthétiques est parfois au premier plan (visage).

Quand faut-il consulter un médecin ?

Si la brûlure est d’origine électrique, si elle est profonde (3ème degré) même très peu étendue ou si elle est intermédiaire (2ème degré) et dépasse quelques millimètres de diamètre, si elle est proche d’un orifice naturel, de l’œil, d’une articulation, ou des organes génitaux, il est nécessaire de consulter un médecin après avoir donné les premiers soins.

Les brûlures intermédiaires limitées (2ème degré) et peu étendues peuvent être soignée à la maison, avec surveillance de la bonne cicatrisation en refaisant le pansement tous les deux jours, et vérifiant l’absence de fièvre. Les brûlures superficielles étendues survenant chez le petit enfant (coup de soleil) nécessitent une grande prudence : il faut le soustraire à la forte chaleur, lui donner à boire et bien surveiller sa température ; consulter un médecin sans tarder en cas de fièvre ou de soif importante.

Quand faut-il appeler d’urgence les pompiers ?

Devant une électrocution avec choc (trouble de la conscience, de la respiration), une brûlure intermédiaire ou profonde (2ème et 3ème degrés) étendue au-delà de 5% de la surface du corps (équivalent d’un demi-bras, d’un tiers de jambe), une brûlure par explosion, et plus généralement devant tout signe inhabituel après une brûlure ou toute difficulté à joindre un médecin, l’appel aux services de secours est conseillé : téléphonez au 15 (Médecins d’urgence) ou au 18 (Pompiers) ou au 112 (Numéro centralisé d’urgence).

Y PENSER AVANT, C’EST MIEUX !

La plupart des brûlures de l’enfant surviennent au domicile ou sur le lieu de garde. L’enfant est particulièrement exposé à ce type d’accident car son comportement naturel le pousse à explorer son environnement, à toucher à tout, pour faire son expérience. De plus, le tout petit enfant n’a pas encore acquis les réflexes qui permettent d’écarter, de repousser, de lâcher immédiatement tout objet brûlant.

Rendre son habitation sûre

Il est très important de réfléchir à l’avance sur tous les risques qui peuvent exister dans les lieux fréquentés par des enfants pour prendre les mesures préventives nécessaires, qui sont souvent simples, élémentaires et de bon sens.

La cuisine est le lieu de tous les dangers.

  • Sur la cuisinières, toujours tourner les queues de casserole ver le mur.
  • Ne jamais poser au sol un récipient chaud, un fer à repasser.
  • Veiller à la qualité de l’installation électrique (prises protégées et disjoncteur différentiel), les matériels évoluent et les installations anciennes sont souvent mal protégées au regard des normes de sécurité actuelles.
  • Toujours tester la température du biberon (se méfier tout particulièrement du réchauffement par micro-ondes).
  • Empêcher les enfants de s’approcher des foyers ouverts et inserts par un pare-feu.
  • Être très vigilant avec les barbecues, les portes de four en situation basse.
  • Veiller au bon réglage de la température de l’eau chaude sanitaire : un thermorégulateur limitant la température de l’eau chaude dans la salle d’eau à 40-45 °C est une solution sûre.

Éduquer son enfant

La notion de chaud et de froid s’apprend. C’est la maman qui naturellement explique à son bébé que le biberon est chaud en le lui faisant toucher pour qu’il puisent s’en régaler tout de suite. Les gestes naturels da la mère qui écarte le biberon trop chaud, sa mimique, sont autant de signaux qui apprennent à l’enfant ce risque et la prudence nécessaire. Quelques mois plus tard, il faudra penser à prévenir ce bébé qui commence à marcher des risques propres au feu dans la cheminée, à la porte du four, aux radiateurs, au fer à repasser. La mise en garde simple, l’interdiction sont peu efficaces et risquent de susciter la curiosité de l’enfant ; il est bien préférable pour chacun de ces objets ) risque de les faire tester prudemment par l’enfant, l’adulte lui tenant la main qui s’approche et la retirant avec la sienne tout en manifestant vivement devant le caractère désagréable de l’expérience. Plus généralement, la prudence constante que manifestent les adultes dans leur comportement constitue le meilleur guide de référence pour les enfants qui les côtoient.

 

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