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Dépression Hostile chez Adolescents
Professeur Marcel RUFO, Hôpital Sainte-Marguerite - Marseille
| Difficile
passage à l’âge adulte Un
refus de parler, un trouble du comportement, un absentéisme
scolaire mais aussi un trouble du sommeil, des pleurs immotivés et
des idées suicidaires : tout cela peut représenter le mode
d’expression dépressif de l’adolescent.
"ce
qui ne va pas danser aux bords des lèvres s'en va hurler au fond de
l'âme" C. BOBIN
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Savoir penser à une dépression devant un
trouble des conduites et des comportements est la voie d’une prévention
du suicide chez l’adolescent à condition de respecter les modalités de
rencontres, la possibilité d’un suivi, d’injonctions positives, et ce
dès le premier entretien. Tout pousse l’adolescent à être déprimé.
Il perd la tranquillité corporelle de sa petite enfance, ses
transformations physiques entraînent chez lui et chez elle un désarroi
et souvent une déception : « trop grand(e), trop petit(e),
trop gros(se), trop roux(sse) ».
Il renonce également à sa bi-sexualité et il doit effectuer un travail
de désillusion sur les images parentales. On comprend bien l’agressivité
qu’entraîne la mise à distance des parents, l’attitude hostile
d’inhibition et de repli, et très souvent le retournement contre lui-même
de cette agressivité représentée par les idées suicidaires. Plus grave
encore, il veut se détruire ayant perdu la magie de la petite enfance et
il construit à cette période l’estime de soi avec des sentiments de
futur glorieux ou la crainte d’un avenir dévasté. Lors de la
rencontre, une humeur dépressive peut être notée avec sautes d’humeur
entraînant un regard dévalorisant porté sur soi-même. Il peut être
morose : « rien ne sert à rien ».
Le plus souvent, il ou elle s’ennuie avec impression de fatigue, de
manque d’intérêt, d’incapacité à tolérer l’attente. Tous ces
signes ne sont pas pour autant un état dépressif mais représentent
souvent un penchant psychologique naturel de l’adolescent qui peut déboucher
sur une authentique dépression du fait d’une vulnérabilité pré-existante
ou de fragilité de l’enfance.
Les dépressions de
l’adolescent
On admet maintenant que la dépression
n’est pas rare chez l’adolescent. Une étude de Marie CHOQUET (Dépression :
adolescents, adolescentes, Bayard Ed., Païdos, 1995) montre que 7,5 % des
garçons et 22,5 % des filles d’une population adolescentes se déclarent
souvent ou très souvent déprimés. Une étude américaine (LEVY) met en
évidence une prévalence de 6,8 % de dépression dans une population de
424 adolescents soumis à des tests. Enfin et surtout, le tiers des
psychoses maniaco dépressives de l’adulte auraient débuté avant l’âge
de 20 ans.
La menace dépressive
Il y a souvent irritabilité associée à
une anxiété, un « cafard » ; il n’y a jamais de
sentiment d’indignité et d’auto-accusation. On retrouve cette menace
dépressive chez des adolescents ayant eu des traits névrotiques marqués
dans l’enfance.
La dépression d’infériorité
Les adolescents ont l’impression d’être
laids et/ou vilains. Raison de plus pour être agressif. Il s’agit
d’adolescents surestimés et surévalués par leur parents dans
l’enfance, ne pouvant atteindre l’idéal imaginé par les parents.
La dépression
d’abandon
C’est dans ces cas qu’il y a le plus
d’hétéro ou d’auto agressivité. Le passage à l’acte remplace le
vide. Il s’agit d’adolescents vivant un sentiment d’abandon ou au
contraire, des enfants surprotégés incapables de s’autonomiser à
l’adolescence. Cette fragilité impose alors au sujet le passage à
l’acte agressif pour éviter la crainte d’abandon.
La dépression majeure
Elle est comparable à celle de l’adulte.
Mais il existe : - une perte de l’estime de soi, - une irritabilité
et des troubles du caractère, - une auto-agressivité qui permet de
comprendre que les tentatives de suicide soient nettement plus fréquentes
que chez l’adultes, - l’aspect bipolaire de cette dépression peut être
redouté par l’alternance très rapide de phases dépressives et
d’excitation ou par des signes de la série psychotique de type
hallucinations.
L’examen de
l’adolescent hostile
Tout le monde s’accordera à ne pas être
hostile avec l’adolescent agressif, ce qui ne ferait que renforcer la
difficulté de rencontre. Il faut accepter les grognements, les refus, le
mutisme, la provocation et utiliser les accompagnants parentaux ou
travailleurs sociaux pour poser le cadre et les modalités de la rencontre
et dans un deuxième temps, rester seul avec l’adolescent, la conclusion
et les propositions étant énoncées devant l’ensemble des parties.
On peut lui proposer d’essayer un soin, une hospitalisation ou un
placement. Il s’agira souvent d’évaluer l’adolescent sur le plan
psychologique avec l’appoint de tests projectifs nous rassurant ou nous
inquiétant sur son fonctionnement psychique. Les résultats lui seront
bien entendu communiqués pour renforcer le partenariat et l’alliance de
soins nécessaires dans ces cas-là.
L’ouverture d’une unité spécialisée d’adolescents comme nous
venons d’en bénéficier à Marseille permet de globaliser toutes cas
approches d’évaluation clinique et thérapeutique en relation avec les
familles.
Enfin et surtout, il faut d’emblée, sur cette dépression hostile,
renvoyer à l’adolescent un avenir possible pour lui dans sa future vie.
L’hostilité est alors un masque derrière lequel se cache une
souffrance et les psychiatres retrouvent le souci de l’efficacité thérapeutique
médicale qu’ils risquent trop souvent d’oublier au bénéfice d’une
nosographie clinique (classification analytique des maladies).
PETIT LEXIQUE
- Névrose :
Affection mentale au cours de laquelle le sujet est conscient du
caractère pathologique de ses troubles mais ne peut se débarrasser
des pensées désagréables ou des accès d’angoisse qui peuvent le
gêner considérablement.
- Psychose :
Trouble grave de la personnalité, altérant la perception et la compréhension
de la réalité, désorganisant le comportement affectif et social
sans que le sujet ait habituellement conscience du caractère
pathologique de ces manifestations.
- Psychose maniaco-dépressive :
Psychose au cours de laquelle alternent, selon des modalités
variables, des accès maniaques et mélancoliques séparés par des
intervalles de normalité plus ou moins longs.
Vous pouvez lire :
- Docteur Patrice HUERRE, psychiatre,
L’adolescent en héritage, Ed. CALMANN-LEVY ; et
L’adolescence n’existe pas, Ed. ODILE JACOB.
- Docteurs Françoise DOLTO et
Catherine DOLTO-TOLITCH, Paroles pour adolescents, Ed. HATIER.
- Marie-Françoise PADIOLEAU, Les 13-18
ans : ce qui se passe dans leur corps et dans leur cœur, Ed.
BALLAND.
- D. MARCELLI, Les états dépressifs à
l’adolescence. Ed. MASSON
- Adolescence de Philippe JEAMMET, Ed.
SYRO.
- L’adolescence aux milles visages d’Alain
BRACONNIER Ed. Odyle JACOB.
- Guide des adolescents de Maryse Gilda
BLAQUIERES, Ed. Seuil Pratique.
- Guide de l’aide psychologique de
l’enfant de naissance à l’adolescence du Docteur Michel DAVID et
Jocelyne JEREMIE, Ed. Odyle JACOB.
- Savoir communiquer avec les adolescents
de Tartar GODDED, Ed. RETZ.
- L’adolescent, le psychanalyste et
l’institution de Jean-Pierre CHARLIER, Ed. DUNOD.
EN CAS DE DIFFICULTÉS, VOUS POUVEZ VOUS ADRESSER A :
- FIL SANTÉ JEUNE : Tél. :
08.00.23.52.36. Offre une écoute anonyme et gratuite à tous les
jeunes, 7 jours sur 7 de 8h à minuit.
- SOS SUICIDE PHENIX : Tél. :
01.45.42.45.88. N° d’écoute : 01.40.44.46.45. Met en place
des groupes de parole et des entretiens en province et à Paris pour
les jeunes et leurs familles.
- SOS SUICIDE ÉCOUTE : Tél. :
01.45.39.93.74. N° écoute : 01.45.39.40.00. Reçoit 24h sur 24
des appels de suicidants et organise des débats auprès des
scolaires.
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