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Tabac et cancer du poumon
Professeur Jean-Pierre KLEISBAUER
Hôpital Sainte-Marguerite, Marseille


Un véritable désastre sanitaire

Le tabagisme est la principale cause de mortalité et de morbidité en France et le relation entre le tabac et cancer du poumon est maintenant certaine. Le cancer du poumon est le cancer le plus fréquent de l’homme, il commence à apparaître à partir de 40 ans avec une augmentation de fréquence avec l’âge, il s’agit d’un cancer grave très souvent mortel.

Le tabagisme cause des ravages tant chez l’homme que chez la femme et les adolescents.

En 1980 en France, 75 % des hommes de 20 ans et plus sont fumeurs ou ex-fumeurs. Le tabagisme à tendance à diminuer chez l’homme.
En 1980 en France, 26 % des femmes de plus de 20 ans sont fumeuses ou ex-fumeuses.

Chez la femme de tabagisme est en augmentation très rapide.
Le début du tabagisme se fait de plus en plus tôt aussi bien chez le garçon que chez la fille.

90 % des fumeurs adultes ont commencé avant l’âge de 20 ans. Du plaisir de la cigarette volée à la dépendance, le pas est vite franchi et les fabricants de tabac visent essentiellement, cette cible fragile. En France 28,8 % des jeunes de 12 à 19 ans fument, dont 23,6 % régulièrement, indique le baromètre santé jeunes 1997/1998. La proportion de fumeurs augmente fortement avec l’âge, pour atteindre un jeune sur deux à 19 ans. A 15 ans 27,6 % des filles contre 24,1 % des garçons fument en France de manière régulière ou occasionnelle.

Actuellement, on admet qu’il y a environ 20 000 cancers du poumon en France. Le cancer du poumon entraîne plus de décès que les accidents de la route.

Tabac et cancer du poumon : un lien serré

L’association cancer du poumon et tabac est connu depuis 1927. Dès 1951, les études montraient que le risque augmentait avec la quantité de tabac fumé, il passait de 3,07 pour des petits fumeurs à 16,8 pour des gros fumeurs et 29,16 pour de très gros fumeurs. Les études sur les cancéreux hospitalisés montrent que 95 % des malades sont des fumeurs laissant peu de place aux autres facteurs cancérigènes.

Dans un service de cancérologie thoracique, 70 % des malades sont des fumeurs, moins de 5 % des non-fumeurs, les autres sont des ex-fumeurs dont une majorité a arrêté depuis quelques mois.

Les cigarettes légères, comme l’usage des filtres, sont un leurre qui diminue d’une façon peu importante le risque de cancer.

En France la mortalité par cancer du poumon entre 1950 et 1990 suit une pente ascendante parallèle à la quantité de tabac vendue, augmentation qui s’est faite à partir de 1990.

Plus meurtrier que la route

  • La dose journalière de tabac est toujours retrouvée ;
  • La durée du tabagisme régulier est importante ; elle explique les cancers du sujet ayant arrêté.
  • Le type de tabac fumé : la cigarette est plus dangereuse que le cigare ou la pipe en ce qui concerne le cancer du poumon ; il n’en est pas de même pour les cancers O.R.L.
  • Le type de cigarette ; le taux de goudron a probablement un effet, de même que l’usage des filtres il est à noter que depuis quelques années les types histologiques ont changé avec de plus en plus de cancers bronchiques périphériques de type adénocarcinome, ce qui est peut être en rapport avec l’usage de plus en plus répandue de cigarettes dites légères.

En France, sur les 552 000 décès de l’année 1985, 60 000 sont attribuables au tabac. Ils se répartissent en 30 000 décès par cancer dont 15 000 par cancer du poumon, et 30 000 mort d’autres causes, principalement cardio-vasculaire et pulmonaires. La mortalité masculine due au tabac va doubler entre 1985 et 2025 et on devrait avoir 105 000 décès attribuables au tabac dont 26 000 par cancer du poumon. Dans la population féminine, la mortalité due au tabac va passer de 5 000 à 50 000. En 2025, la mortalité par cancer du poumon sera égale à celle du cancer du sein soit 12 000 cas. C’est dans la population masculine de 45-64 ans que les conséquences du tabagisme sont les plus importantes aujourd’hui : un décès sur quatre est dû au tabac, ce qui rend celui-ci 10 fois plus meurtrier que les accidents de la route.
En 1993, le taux de cancer bronchique chez l’homme en France est de 60 pour 100 000 ; il est beaucoup plus élevé dans d’autres pays comme la Nouvelle Zélande (119.1) ou chez les noirs américains de San Francisco (107.4).

Certains facteurs multiplient de manièrent considérable le risque de cancer broncho-pulmonaire comme l’exposition à l’amiante, les polluants industriels, les substances radioactives.

Un sevrage difficile

La nicotine est la principale substance responsable de la dépendance. L’élément indispensable pour s’arrêter de fumer est d’être motivé. Si l’on est très dépendant une aide médicale est nécessaire. La dépendance comportementale psychologique est constante. Elle est liée aux rites, aux habitudes qui ont crée progressivement de véritables réflexes conditionnés. Pour certains fumeurs, fumer est un plaisir pour d’autres la cigarette est une aide au travail intellectuel ou dans des situations difficiles. Il existe aussi une dépendance pharmacologique : au-dessous d’un certain seuil de nicotine, il apparaît une pulsion irrésistible à reprendre une cigarette avec des signes du syndrome de sevrage.

L’arrêt du tabagisme est toujours bénéfique, le risque de cancer du poumon diminue régulièrement, après 10 ans d’arrêt il n’est plus que du tiers de celui qui a continué de fumer. Après 15 à 20 ans d’abstinence, les risques de mortalité par tabagisme disparaissent presque totalement. Par exemple un sujet fumeur qui cesse de fumer après 30 ans de tabagisme encourra donc 15 ans plus tard un risque augmenté de 100 pour 100 000 par rapport à un non fumeur. Pour mesurer le bénéfice de l’arrêt du tabac, il faut comparer cet excès de risque à l’excès de risque qu’il aurait encouru s’il avait continué de fumer, c’est-à-dire de 500 pour 100 000.

Le tabagisme passif ou l’amour contrarié

C’est un risque parfaitement démontré. Sur la dizaine de minutes que dure la combustion d’une cigarette l’absorption active de la fumée dure seulement une trentaine de secondes. Ainsi la fumée émise dans l’atmosphère est qualitativement beaucoup plus importante que celle absorbée par le fumeur. Toutes les substances toxiques dérivés des goudrons sont inhalées par le non fumeur si cette combustion se déroule dans une pièce non ventilée.

Chez le non fumeur plus de la moitié des malades ont été soumis à un tabagisme passif.

Si l’on admet que chez la femme non fumeuse vivant avec un non fumeur la probabilité de cancer du poumon est de 1, la probabilité est de 1,8 chez celles qui vivent avec un ex-fumeur, 2,4 chez celles qui vivent avec un fumeur moyen et 3,4 chez celles qui vivent avec un gros fumeur.

Vivre sans tabac

Il faut donc convaincre que fumer est inutile et dangereux. Mais les raisons psychologiques qui ont poussé au tabagisme doivent être analysées afin d’éviter que l’on s’adonne à des produits de substitution plus dangereux que le tabac tels que les psychotropes ou les toxines. Fumer doit cesser d’apparaître comme normal et l’État a un rôle de prévention notamment auprès des adolescents.

Pr J.P. KLEISBAUER

 

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