La Radiochirurgie
Une
technique d’avenir
Par les
Docteurs : Jourdan Ph, Vincentelli A.F, Alfonsi M, Brun A.

La
radiochirurgie est une technique de radiothérapie utilisant un accélérateur
linéaire avec la précision, et cela en une seule fois. Ce nouveau mode
de traitement qui a vu le jour grâce aux formidables progrès de
l'informatique utilise un appareil de coût modéré dont le principe est
le même que celui de la neuronavigation (Stealth Station Sofamor).
Nous
avons déjà une expérience depuis 3 ans de la neuronavigation qui est
une technique permettant, en temps réel, grâce à un puissant ordinateur
de se repérer au mm près dans le cerveau. Disposant dans notre clinique
d’un accélérateur linéaire, il nous a été facile de coupler les
deux systèmes et de passer à la radiochirurgie qui utilise le même système
informatique que celui du bloc opératoire.
1
– Mise en œuvre de la radiochirurgie
Pour réaliser un acte
de radiochirurgie, il faut trois temps et la coopération de trois
personnes : un neurochirurgien, un radiothérapeute et un physicien.
On peut ainsi décrire :
-
La pose du casque,
- Le temps de travail sur ordinateur pour intégrer les données
d’imagerie du patient et faire la dosimétrie,
- Le temps du traitement proprement dit.
La
pose du casque.
Pour
obtenir une grande précision, il faut impérativement que la tête du
patient soit dans une immobilité absolue. On doit donc utiliser un système
de contention constitué d’un anneau fixé sur le crâne du patient,
anneau qui sera conservé durant toute la procédure de radiochirurgie, du
scanner de référence jusqu’à la fin du traitement.
Le
premier temps se fait avec le neurochirurgien au bloc opératoire.
Celui-ci pose un anneau qui est fixé sur le crâne du malade sous anesthésie
locale. On met ensuite un casque sur cet anneau, l’ensemble, recouvrant
la tête pour faire passer le scanner. Une fois l’examen fait, le casque
est enlevé, et, tout en conservant son anneau, le malade remonte dans sa
chambre en attendant le deuxième temps du traitement.
Le temps de
travail sur ordinateur.
Pour
ce deuxième temps, les données du scanner sont transférées directement
à la station de travail informatique située en radiothérapie. Les
images de cet examen sont ensuite travaillées par l’ordinateur pour réaliser
une référence. Ces images de référence de scanner peuvent ensuite être
fusionnées automatiquement avec les images fournies par l’imagerie en résonance
magnétique (I.R.M.) réalisée auparavant. Ainsi on obtient une qualité
d’examen, exceptionnelle qui permet d’associer les avantages des
images du scanner et de celles de l’I.R.M.
Après validation de
cette fusion des données, on peut réaliser la dosimétrie. On appelle
dosimétrie l’acte qui consiste à superposer des courbes de doses de
rayonnement en conformation la plus exacte avec la lésion à traiter.
Cela consiste à placer un point appelé isocentre qui est l’endroit où
100 % de la dose maximum sera délivrée. Autour de cet isocentre,
d’autres courbes concentriques se forment, calculées par l’ordinateur
correspondant à 80, 60, 20 % de la dose de rayon délivrée etc.
Une
collaboration en équipe est nécessaire. Le neurochirurgien met au
service du malade sa connaissance de l’anatomie du cerveau et du foyer
opératoire s’il s’agit d’un traitement complémentaire. Il dessine
sur l’ordinateur la ou les lésions à traiter, et les obstacles vitaux
ou fonctionnels majeurs (voies optiques, gros vaisseaux etc..).
L’ensemble est ensuite reconstitué par l’ordinateur en 3 dimensions.
Le radiothérapeute calcule la dose qui sera délivrée sur la lésion. Il
peut ainsi, pour être le plus possible « collé » à la lésion,
placer plusieurs isocentres côte à côte qui vont fusionner pour créer
des figures plus complexes.
C’est
ensuite le physicien, en collaboration avec ses collègues qui est en
charge du fonctionnement de l’accélérateur linéaire afin de réaliser
le protocole de traitement de la ou les lésions cérébrales.
On
appelle accélérateur linéaire ou L.I.N.A.C un appareil qui délivre des
photons à très haute énergie. Ces particules électromagnétiques
agissent en profondeur dans le cerveau pour irradier les lésions en
respectant les éléments avoisinant. L’efficacité est d’autant
meilleure que les énergies sont fortes. Le L.I.N.A.C. à pour principe de
tourner autour du malade pour délivrer des arcs de photons accélérés.
En
choisissant les arcs, le physicien, pilote le L.I.N.A.C, peut aussi
influer sur les courbes d’isodoses, aidant ainsi le neurochirurgien et
le radiothérapeute à prévoir la délivrance d’un maximum de dose
exactement sur la lésion tout en respectant les éléments voisins.
Le
temps du traitement proprement dit.
Le
patient est amené en radiothérapie. Le L.I.N.A.C. a été auparavant
conformé et testé pour recevoir le patient, installé le plus
confortablement possible sur la table de traitement, dont la tête sera
immobilisée par l’intermédiaire de l’anneau. C’est cette fixation
de la tête vissée par l’intermédiaire de l’anneau sur le L.I.N.A.C.
qui permet de délivrer sur les lésions une dose de rayons à haute énergie
avec une précision en dessous du mm. Le L.I.N.A.C. est alors mis en
marche, et les arcs de rotation défilent les uns après les autres sous
le contrôle du physicien et du radiothérapeute. Au bout de 20 à 60 mm,
en fonction du nombre de lésions à traiter, la radiochirurgie se termine
et l’anneau fixé au bloc opératoire est enlevé. Le patient est alors
ramené dans sa chambre et il peut sortir du service en principe le
lendemain.
2
– Quelles sont les lésions accessibles à la radiochirurgie ?
En
théorie, toutes lésions sensibles aux rayons inférieur à 2.5 cm. En
pratique, on peut en rapprochant les isocentres faire des figures composées
et irradier des lésions aux contours tourmentés et complexes de taille
supérieure à 2.5 cm.
Les
meilleures indications sont :
Les métastases
On
appelle métastase cérébrale une tumeur formée de cellules d’un
cancer situé à distance du cerveau. Les plus fréquentes chez l’homme
sont les métastases de cancer du poumon et chez la femme celles de cancer
du sein. Ces lésions peuvent être découvertes isolées dans le cerveau,
en l’absence de cancer connu. Le plus souvent, les métastases
apparaissent au cours de l’évolution d’un cancer traité, voire
stabilisé. Le dossier est alors montré au neurochirurgien et au radiothérapeute
qui décident ce qui pourra être opéré en première intention et ce qui
sera directement proposé à la radiochirurgie ou à la radiothérapie
conventionnelle.
L’intérêt
de radiochirurgie est que l’on peut traiter en une seule fois jusqu’à
7 lésions et que cette technique peut être proposée avec succès même
pour les métastases de cancer du rein et de mélanome malin, lésions qui
résistent habituellement aux traitements de radiothérapie classique.
Les petits méningiomes
Les
méningiomes sont des tumeurs du cerveau qui, bien que jamais cancéreuses,
ont souvent une tendance à repousser sur place. La radiochirurgie peut
s’appliquer aux petits méningiomes ou aux fragments laissés sur place
par le neurochirurgien dans des zones dangereuses. C’est lors du
traitement de ces reliquats de tumeur qu’il est intéressant de pouvoir
en manipulant les courbes d’isodose et le trajet des arcs, de pouvoir
cerner très exactement le contour de ces fragments aux formes complexes.
Les
autres tumeurs
-
Les neurinomes,
Ce sont des tumeurs bénignes en général situées sur le nerf de
l’audition. Ces tumeurs habituellement opérées peuvent maintenant si
elles sont découvertes tôt (petite taille) être soumises à une
radiochirurgie avec de bons résultats sur les fonctions de la motricité
faciale et souvent avec une certaine conservation de l’audition si
celle-ci était encore présente.
-
Les tumeurs de l’hypophyse et de sa région.
Dominées par les adénomes, bénignes, ces lésions prennent naissance
dans la glande hypophyse située à la base du cerveau, sous les nerfs
optiques (à protéger impérativement !). Ce type de tumeur est
habituellement opérée en passant sous le nez jusqu’à la base du crâne.
Dans le cas de lésions qui ont tendance à repousser ou qui ont envahi
des structures avoisinantes trop dangereuses pour être opérées, où
chez des malades très fragiles, la radiochirurgie, en respectant les
voies optiques offre une alternative intéressante au traitement
chirurgical.
-
Les gliomes
Les gliomes, sont des tumeurs à forte composante cancéreuse. Opérée
et/ou soumises à des rayons, le flou de leur contour rend difficile un
traitement par radiochirurgie dont la particularité est la précision. On
discutera éventuellement une radiochirurgie si la tumeur est très petite
et particulièrement située à proximité des zones vitales (tronc cérébral
par exemple).
Les
malformations artérioveineuses ou M.A.V.
Il
s’agit d’une maladie de naissance constituée d’un amas de vaisseaux
sanguins anormaux. Ces lésions dites vasculaires sont alimentées par une
ou plusieurs artères et drainées par des veines anormales, souvent
monstrueuses en taille. Au sein d’une M.A.V, il existe souvent une région
appelée nidus qui constitue le « cœur » de la malformation.
Parmi les risques évolutifs de ce type de lésion, il y a des possibilités
de saignement qui peuvent être gravissimes. Ce type de malformation bénéficie
souvent de l’association de technique d’embolisation qui consiste à
obturer les artères et de la chirurgie qui enlève en masse la
malformation. Maintenant on peut ajouter à ces traitements la
radiochirurgie qui, en irradiant de façon précise le nidus permet en
moins de 3 ans d’observer une disparition de la M.A.V.
Une
variété particulière de ces malformations vasculaire est appelée
cavernome. Il s’agit d’une petite lésion isolée, formée à partir
d’éléments veineux et qui peut parfois saigner. Lorsqu’un cavernome
est situé en profondeur dans une zone d’accès chirurgical difficile ou
dangereux on a pu proposer, en l’absence d’alternative, une
radiochirurgie. Ce type de traitement des cavernomes par des rayons reste
discuté selon les auteurs.
Les
résultats
Sur
le plan technique après une période de mise au point, nous avons été séduits
par la simplicité de la mise en place du casque sous anesthésie locale,
la rapidité des calculs (moins de 1h30) et la possibilité d’une
irradiation sélective, de qualité, en une fois.
Il
faut noter, comme toute radiothérapie, que les résultats apparaissent
dans les mois, voire les années qui suivent la séance de radiochirurgie.
Les
lésions traitées, après une période où elles peuvent légèrement
augmenter de volume, se stabilisent, diminuent, voire disparaissent.
Cela
est particulièrement démonstratif pour les petites métastases qui
disparaissent complètement en 6 mois à un an. Le devenir de ces malades
dépend du potentiel évolutif du cancer primitif qui a donné la métastase.
Si le cancer est guéri, la radiochirurgie, en une seule séance peut régler
ponctuellement le problème cérébral. Il est possible lors de la
surveillance de ces maladies de faire une autre séance de radiochirurgie
si une nouvelle métastase apparaissait.
Conclusion
Cette méthode élégante, simple, a plusieurs applications :
- En cours d’intervention sur une tumeur aux prolongements dangereux, le
neurochirurgien peut laisser délibérément
un fragment qui sera ultérieurement traité par radiochirurgie,
- La découverte de plusieurs métastases inta-crâniennes n’est plus
une catastrophe incitant à une abstention. La radiochirurgie peut traiter
jusqu’à 7 lésions en une seule séance, et elle peut même être
pratiquée en plusieurs fois, réglant ainsi le problème cérébral pour
ramener le cancer primitif à son devenir initial.
- Certaines petites lésions, a priori inopérable (tronc cérébral…),
ou sur des personnes très fragiles peuvent être traitées par
radiochirurgie.
La
radiochirurgie, pratiquée par une équipe doit s’intégrer maintenant
dans l’arsenal thérapeutique dont le neurochirurgien peut disposer
lorsqu’il à traiter une ou plusieurs petites lésions profondes et
d’accès dangereux dans le cerveau.
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