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L'insertion des Jeunes
| Un
vœu pieux ou une impérieuse nécessité ?
C’est en tout cas, une initiative que l’ASSSEA 13
propose par la mise en place de la structure
AGIS avec AJIR à Marseille
dans le département
des Bouches du Rhône.
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En effet, qu’est-ce qu’innover en travail social ?
Faire surgir une idée, ou une méthode entièrement nouvelle, ou
revivifier le sens des pratiques existantes ? Plonger au cœur d’un
processus complexe « tourbillonnaire » non dépourvu de
tensions et de compromis.
Le 42, Rue Sainte est un lieu qui accueille un public
composé de jeunes de 16 à 21 ans bénéficiant d’une mesure de
Protection Judiciaire de la Jeunesse, de bas niveau scolaire, exclus ou
s’excluant eux-mêmes de l’école ou des dispositifs de droit commun,
de jeunes adultes ayant connu la prison parfois.
Depuis 1992, un tel lieu existe à Marseille. Il
s’agit d’AGIS avec AJIR, mis en place par ASSSEA 13. Cette
association, dès 1989, a décidé d’entreprendre une action spécifique
en raison de constats d’échecs :
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Dans l’acquisition professionnelle, |
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Dans l’intégration dans les différents
dispositifs scolaires, sociaux et professionnels, rencontres par les
adolescents qui lui étaient confiés par mandats judiciaire dans le cadre
de l’Assistance Éducative en Milieu Ouvert et de l’Investigation et
Orientation Éducative. |
L’objectif est de permettre à chaque participant
par un accompagnement personnalisé, d’être capable d’occuper un
emploi et de s’adapter aux
situations de travail liées à cet emploi.
L’activité proposée consiste à travailler sur la
notion d’inter génération : accompagner des personnes âgées à
mobilité réduite dans des centres, salles de soins, de loisirs, foyers,
restaurants, promenades, visites de musée, courses, achats, etc.
Les
impacts observés sont multiples
Outre la soustraction à la délinquance, la
rencontre avec la personnes âgée a une fonction réparatrice chez les
jeunes. Un travail sur la remobilisation de l’individu sur la
restructuration de la personne qui passe par l’estime de soi, le respect
de l’autre peut s’enclencher.
La reconstruction d’une relation positive avec
l’adulte se fait jour. Peu à peu, les adolescents prennent conscience
du parallèle existant entre la marginalisation des personnes âgées,
atteintes de handicaps divers, plongées dans la solitude, et leur propre
marginalisation du fait de leurs difficultés d’insertion sociale et
professionnelle. Ils deviennent attentionnés envers leurs aînés et un
lien se crée.
Ils sont pour la première fois dans une relation de
« gagnant-gagnant ».
Les vertus d’une action intergénérationnelle sont
illustrées. Des échanges se font au moyen d’un rapport culturel pour
ces jeunes qui ne connaissent Marseille qu’à travers le chômage et
l’exclusion. Les personnes âgées leur font découvrir d’autres réalités
par la description de Marseille et la narration du vécu de leur propre
vie, de leur époque, de leur travail et de leur vicissitudes (marins,
maraîchers, docteurs, ouvriers des sucreries, raffineries, huileries,
savonneries…)
A travers tous ces échanges, cette reconnaissance de
l’autre, des liens affectifs apparaissent. Les jeunes sont attentionnés.
Il témoignent d’une réelle sollicitude pour les personnes âgées et
en retour, ils reçoivent un intérêt déguisé.
Ce service, expérimental, a développé des stratégies
impliquant des méthodes de travail :
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Qui intègrent la prise en compte de
l’environnement social du jeune, |
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Qui supposent le renouvellement des pratiques
professionnelles mettant en œuvre des projets faisant appel à des
supports d’activités et à la mobilisation des réseaux existants. |
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Qui mobilisent la présence des professionnels au
quotidien dans des actions et des temps partagés. |
L’élaboration d’un tel projet doit reposer sur
les moyens propres de l’institution mais aussi sur les ressources du
dispositif départemental et des partenaires. La Ville de Marseille a
apporté sa contribution au fonctionnement de l’opération, mais peu de
caisses de retraites ont accepté d’y participer.
Cette expérience est l’une des 250 actions recensées par l’Association
Nationale des Assistants Sociaux (ANAS) et la Fédération Nationale des
Associations d’Accueil et de Réinsertion Sociale (FNARS) en vue d’un
forum consacré aux « défis de l’innovation sociale »
(Forum 2000 – 15/17 Mars 2000 à Poitiers).
Qu’est-ce qu’innover, en effet ?
La question se révèle plus complexe qu’il n’y
paraît. Impossible de lire les projets en dehors de leur contexte. Selon
les cultures locales, une initiative tenue pour novatrice sur un
territoire sera jugée banale ailleurs.
Ici, la route sera déjà balisée, là, la prise de
risque sera maximale pour les promoteurs de l’action, aux prises avec
les institutions sceptiques et les collègues dubitatifs.
« L’innovation est un chemin parcouru par les
porteurs de projets » non l’atteinte d’un but fixé
arbitrairement par des témoins extérieurs, dixit Monsieur CHOBEAUX,
Directeur des Politiques Sociales au CENEA. Il existe un point commun,
cependant, entre les « innovateurs », ils sont toujours en
« insurrection intellectuelle » contre la norme environnante.
Interpellés par les mutations sociales, ils exercent
leur regard critique sur eux-mêmes, sur les structures, sur les représentations
dominantes, « innover, ce n’est pas avoir une nouvelle idée,
c’est arrêter d’avoir une ancienne idée », cf. l’inventeur
de la photographie instantanée.
Les traits caractéristiques de l’innovation
sociale et plus particulièrement de la structure AGIR avec AJIR (ASSSEA
13) sont l’association croissante de l’usager aux actions. Le souci
des acteurs sociaux est de permettre que le droit à la parole des
personnes, la possibilité de s’organiser elles-mêmes et leur
citoyenneté soient pleinement reconnues dans les faits.
Le véritable défi réside dans « la
construction d’une intelligence collective radicalement nouvelle grâce
à un dialogue constant avec les personnes et non dans l’invention
d’un nouveau « Truc » ».
L’innovation effraie car elle est toujours
accompagnée d’une prise de risque. La nouveauté est le produit d’un
réseau d’acteurs, même si on trouve toujours à la base la
mobilisation d’un professionnel ou d’un petit groupe. Ce partenariat
va rarement sans tensions car toute innovation porte en elle une menace de
contestation, voire de destruction de l’ordre établi. Elle suscite
d’inévitables résistances.
Si l’on voit comment naît et se développe
l’innovation sociale, comment meurt-elles ? La recherche de légitimité
lui est-elle fatale ? C’est la question fondamentale que se pose la
structure AGIS avec AJIR, à travers son chef de service Madame TZORTZIS.
Le propre d’une innovation sociale est de
s’inscrire dans une politique nationale, régionale ou départementale.
« Elle n’a de sens que si elle est reproductible » souligne
Pierre GAUTHIER, Directeur de l’Action Sociale, qui, dans une déclaration
solennelle demande aux décideurs de permettre la diffusion et le
financement des actions innovantes, ce qui implique que les institutions
assurent la prise de risque. D’ailleurs, celles qui n’innovent pas
finissent par dépérir.
Les relations entre les associations, le plus souvent
pilotes dans l’action sociale, et les pouvoirs publics, sont encore à
inventer.
Il faut repenser ce rapport de façon saine sans le réduire
à l’octroi de subvention, Hugues SIBILE, Délégué Interministériel
à l’innovation et à l’économie sociales, souligne qu’il s’agit
du défi le plus difficile à relever : innover dans la conduite des
politiques publiques et construire des « relations adultes »
entre le monde associatif et l’État. Il souhaite que « les
associations cessent de se tourner vers l’État quand quelque chose ne va
pas, que l’État cesse de se défier des associations ».
On ne peut, au niveau de l’ASSSEA 13 qu’adhérer
à ce souhait et regretter qu’après avoir bénéficié :
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De la bienveillance de partenaires sociaux (juge
pour enfants, service de protection judiciaire de la jeunesse, mission
locale…) |
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De diverses subvention (mairies, Centre Communal de
l’Action Sociale, caisse de retraite….) |
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D’une reconnaissance technique, |
Un relais ne soit pas pris au niveau des pouvoirs
publics visant à pérenniser cette structure, qui, à ce jour, est
couronné de succès. En huit ans, la demande des personnes âgées n’a
cessé de croître. Elle est passée de :
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1.500 personnes transportées en 19992 à |
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3.225 personnes transportées en 1999 |
Quelques résultats en termes d’insertion :
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4 permis poids lourd présentés : 3 réussites |
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5 attestations de formation aux premiers secours présentés :
5 réussites |
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1 spécialisation BAFA ski : 1 réussite |
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1 admission à l’école de le 2ème
chance |
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1 réussite au concours d’entrée au Brevet d’Aptitude
Professionnel Auxiliaire d’Animation
Technique |
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1 emploi jeune à la Police Nationale |
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1 contrat à durée indéterminée en téléphonie |
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1 contrat à durée indéterminée à Intermarché |
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1 contrat à durée indéterminée à
l’entreprise des Transport Sumian |
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1 réussite d’entrée aux tests RTM |
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1 contrat à durée déterminée de chauffeur
ambulancier |
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2 retours en CFA : Hôtellerie et Coiffure |
Aucune récidive de délinquance.
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6 stagiaires de la formation professionnelle ont
participé à un atelier permanent d’orientation, en convention avec la
C.A.E. Sylvestre P.J.J. |
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1 jeune en contrat CES a bénéficié d’une pré-qualification
de peintre en bâtiment à l’ACPM qu’il a dû abandonner à cause
d’un terrain allergique. |
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1 stagiaire de la formation professionnelle a
obtenu un permis bateau côtier et voilier grâce à une formation financée
par le Conseil Général. |
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4 jeunes filles ont bénéficié de
l’enseignement à distance de l’Education Nationale, aidées dans
leurs devoirs par les éducateurs du service d’AJIR. |
Cette initiative a été couronnée par un prix de
l’innovation sociale décernée par l’Association Générale de
Retraite par répartition (A.G.2.R.). A la demande des partenaires
institutionnels ayant apporté un soutien ponctuel au cours de ces années
Madame TZORTZIS, Chef de service, a été désignée pour participer au
groupe d’ « Appui national du Ministère de la Justice pour
l’activité de jour ».
Comme on peut donc le constater à travers cette
initiative, l’innovation dans le secteur social ressemble plus à un
fleuve tumultueux qu’à un long fleuve tranquille, d’autant qu’il ne
suffit plus d’être convaincu pour convaincre...
Alors, faisons confiance aux jeunes d’AJIR qui, à
travers leur coup de gueule, tentent de donner une signification à leur
appartenance citoyenne.
Par
Madame ALBRAND
Assistante Sociale
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